dimanche, novembre 27, 2022
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Parution du livre « Paris oriental » aux Éditions Parigramme

C’est à cette sauce piquante que Yasrine Mouaatarif, journaliste marocaine, nous invite à croquer la capitale française. Paris Oriental est une immersion surprenante et délicieuse dans le Paris du XXIe siècle, cosmopolite et emprunt de cet héritage oriental méconnu. Un guide à destination de tous les curieux souhaitant partir à la découverte de l’Orient-sur-Seine.

En sillonnant les rues de la cité, il ne vous a pas échappé que ces façades aux arabesques envoûtantes de la place du Caire dans le sentier, à la façade de l’ENA ornés de stucs au style arabo-andalou, témoignent d›une fascination de longue date pour la culture orientale. Deux siècles d›échanges Orient/Europe ont laissé derrière eux leurs vestiges… Notre regard devient alors plus aiguisé, à l’affût d’une trace, d’un passé, teinté d’orientalisme et d’un présent riche d’une culture multi-identitaire. Des migrations algériennes, pionnières dans la capitale, aux marocains, libanais, tunisiens, égyptiens, séfarades, berbères, druzes, ce petit recueil est un voyage au cœur du bouillonnant Paris oriental… Une carte migratoire de Paris, nous amène à Alger sur le boulevard Barbès, Tunis à Belleville, Beyrouth dans le XVe…même si la tendance aujourd’hui, souligne l’auteur, est au décloisonnement et au métissage des arrondissements qui voit naître un Paris cosmopolite et moderne. Cette « médina parisienne » est à découvrir, à travers un florilège de 200 bonnes adresses de restaurants, lieux culturels, musées, cafés… Un délice pour tous les curieux assoiffés de dépaysement et qui souhaite porter un autre regard sur leur ville et sur l’histoire de Paris. Rencontre avec l’auteur, Yasrine Mouaatarif. Depuis combien de temps avez-vous adopté la capitale française ? Cela fait 15 ans que je suis à Paris, je suis née en France, puis j’ai grandi au Maroc, et je suis revenue pour faire une licence en Sciences de l’Information à l’Université Paris VII. Ensuite j’ai commencé à travailler et de fil en aiguille j’ai poursuivi ma profession de journaliste à Paris. Qu’est-ce qui vous a plu en arrivant à Paris ? Quand on arrive de Casablanca qui est quand même beaucoup moins vivante, c’est un enchantement, il y a une vie culturelle très dynamique à Paris. Mais j’ai surtout été charmée par ce cosmopolitisme, ça a été un émerveillement de découvrir d’autres cultures, qu’elles soient lointaines ou familières, car quand on vit dans un pays arabes on ne connait pas bien les cultures des pays arabes voisins.    

Ayant suivi mes études au lycée français de Casablanca, j’ai grandi dans environnement très franco-français. J’ai donc vraiment commencer à m’intéresser aux cultures arabes à Paris. Passionnée de musiques du monde, j’ai recherché cette ambiance, attirée par des lieux, comme le Cabaret Sauvage, le Satellite Café, je fréquentais aussi les centres culturels algérien, égyptien… Quel a été votre premier lieu oriental fétiche, en arrivant à Paris? L’ Institut du Monde Arabe. J’ai fais mes études à Censier Daubenton (Paris VII) donc c’était le lieu où l’on se retrouvait car il y avait toujours, une exposition à voir, un concert, un film… Je me rendais également dans d’autres lieux qui ont disparu comme le French Kawa, parfaite incarnation du Paris arabe underground. Ce lieu était magique, spécialisé dans les musiques fusions. Je me souviendrai toujours, un jour en discutant avec les personnes présentes, j’apprends qu’un chanteur égyptien va jouer le soir, il s’agissait de Ahmed Adawiya qui est une star de la musique orientale! Je n’aurai jamais imaginé pouvoir le voir, surtout à Paris, c’est un très beau souvenir. Quel a été le déclic pour la conception de ce recueil ? Le Paris Oriental a mis du temps à germer. En réalité, il fait la synthèse de travaux précédents. On m’avait demandé un travail similaire pour Nova: un dossier sur le « Paris médina », à l’époque où le magazine existait. De plus cela correspondait à ma façon de vivre Paris au quotidien, aller dans un restaurant afghan, écouter un concert de musique perse… Lorsque j’étais rédactrice en chef du Courrier de l’Atlas, j’ai initié des guides thématiques mensuels, sur un pays à découvrir, « le Maroc à Paris, « l’Algérie à Paris », « la culture berbère à Paris », c’était une volonté de faire découvrir des lieux insolites, tenus par des passionnés. En parallèle je connaissais les éditions Parigramme, « Paris est à nous », dont j’avais, dans ma bibliothèque, l’Afrique à Paris et Le monde à Paris. En contact avec les éditeurs, j’ai eu le feu vert, après deux ans de discussions autour du projet. Le challenge était d’établir des lieux originaux, plutôt insolites et contemporains. J’ai structuré le guide en différents volets relatifs au passé mais aussi à l’actualité.

Outre cette dynamique, j’ai voulu présenter un univers généreux, où vivent côte à côte diverses populations. Les lieux choisis sortent souvent des sentiers battus. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris en écrivant ce guide ? Avez- vous fait des découvertes qui vous ont particulièrement marquées ? J’ai eu deux surprises en particulier. La première est historique. Au fil de mon enquête j’ai découvert les vestiges d’un Paris orientaliste. J’ai donc fait un aparté sur l’histoire de ce Paris, où, dès la fin du XIXe siècle, l’on se bousculait dans les « cafés maures » des Grands Boulevards, où à l’occasion des fêtes nationales on aimait à recréer des Médinas en carton-pâte Place de la Concorde, où la célèbre Closeries des Lilas près du Port-Royal était parée d’arabesques et de moucharabiehs, et où un gigantesque Hammam trônait en plein sur les Champs-Élysées !

Le mot « orientalisme », ou « arabe » a parfois aujourd’hui une connotation négative. C’était pour moi émouvant de revenir à une époque, il y a deux siècles, où l’Orient était admiré, fantasmé et très prisé par la bourgeoisie. La deuxième surprise a été de découvrir des lieux, ouverts par des gens qui n’avaient rien à voir avec le monde arabe, qui ne sont pas d’origine de ces pays, mais sont des passionnés, qui se font les ambassadeurs de ces régions de « cœur ». Je pense à La Maison d’Alep dans le XVIIIe, consacrée à l’artisanat syrien mais qui hélas n’ouvre qu’occasionnellement en raison du conflit, ou encore le cours d’Alexia Martin, une danseuse et chorégraphe qui enseigne des danses rares, aussi bien les danses berbères que les danses du Golf, ou encore le « Tahtib », un art martial du fin fond de la Haute-Égypte méconnu des Arabes eux-mêmes ! Ou encore José-Mari Bel, un artiste né au Maroc et qui a crée la maison du Yemen. Il y organise depuis 25 ans, des expositions permanentes et temporaires, des conférences, le tout entièrement autofinancé. Ce qui me tenait à cœur dans cet ouvrage: de montrer des lieux insolites et passionnants tenus par des passionnés de toutes origines.

Quel a été votre coup de cœur, en recensant toutes ces bonnes adresses ? Je les aime toutes mais j’ai eu un vrai coup de cœur culinaire pour le restaurant Alissar, ouvert depuis 2012. Tenu par Imad et Hasna el Tayeb, la cuisine, syrienne et palestinienne, y est délicieuse. Les plats sont rares et authentiques préparés par des passionnés de gastronomie qui veulent nous faire découvrir des spécialités inconnues comme le lahmé bel karaz, un veau à la cerise syrienne! Imad el Tayeb, en plus d’exposer ses toiles dans ce décors magique, offre à chacun de ses clients une calligraphie personnalisée. Il y a aussi le bistrot Beyrouth, c’est un lieu atypique, un lieu à vivre, pour la rêverie, les rencontres, idéal pour buller en journée, en sirotant un thé ou pour boire un verre le soir, en écoutant du jazz oriental et en contemplant les toiles des artistes renouvelés tous les deux mois. La galerie Iman Fares est la première à s’être consacrée entièrement aux artistes contemporains arabes et du continent africain.  Car en comparaison avec Londres, très avant-gardiste en matière d’art contemporains arabe, Paris est plus figée dans une vision folklorique. Mais cet élan se poursuit avec par exemple la nouvelle galerie Kandisha, dédiée aux artistes maghrébins d’aujourd’hui. Tous ces gens sont des passionnés et ne sont pas forcément dans la communication, alors j’espère qu’avec ce guide, ils pourront faire partager leur art, leur passion à plus de monde. Pensez-vous que ces bonnes adresses, peuvent constituer des lieux d’échanges et permettront un tant soit peu de surmonter les idées reçues sur les cultures orientales? En travaillant sur cet ouvrage j’ai mesuré combien ces cultures arabes qui semblent si familières en France de par l’histoire, sont en réalité complètement méconnues, entre fantasmes orientalistes et clichés discriminants, par ignorance tout simplement. En résulte des confusions incroyables où l’on confond arabe, turc ou perse par exemple. Et je ne parle même pas des distinctions nationales, voire régionales…

C’est pour cela que je me suis appliquée à présenter des lieux et cultures des quatre coins du Monde arabo-berbère, du Maroc à l’Égypte en passant par la Tunisie, le Liban, le Yémen, ou la Palestine, en soulignant bien au passage les nuances et subtilités de chacune de ces cultures. On peut considérer votre ouvrage comme un guide touristique où la culture orientale domine, est –il juste adressé aux voyageurs arabes ou à tout curieux en recherche d’évasion? Je pense qu’il s’adresse à un public qui fréquente ce Paris et à besoin de nouvelles adresses et je pense aussi à tous ceux qui veulent découvrir un autre Paris avec toutes ces cultures et sa diversité. Souhaitez-vous rester à Paris ou envisagez-vous de revenir à ces ambiances, ces atmosphères orientales, au Maroc par exemple (Rire) J’ai trouvé la parade en mettant de la « medina » dans mon travail. Je travaille sur des thèmes qui touchent à toutes ces cultures et j’ai aussi des projets au Maroc, car aujourd’hui on peut vivre plus aisément entre deux pays, entre ses deux coup de cœur !

Alice Secretan

Article paru dans Al Ayam magazine n°66 d’août 2013

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